Société

5 méfaits de la superstition

Toute société dans laquelle il existe une certaine croyance dans le surnaturel peut être en proie à des controverses relatives à l’importance de la foi, à des accusations de superstition ou encore à la nécessité d’une prépondérance de la science sur le surnaturel. La société haïtienne n’en fait pas exception. Loin du but de prouver si la foi est superstitieuse ou pas, ou encore de louer les mérites de la science, cet article, dans une approche subjective, veut attirer votre attention sur 5 méfaits liés à des tendances superstitieuses. En ce sens, nous vous proposons ici une définition du concept pour  analyser certains faits dans notre société et proposer une nouvelle fois la considération d’un changement de mentalité.   

Définition de la superstition

Pour définir la superstition, plusieurs propositions s’offrent à nous. Néanmoins toutes les définitions ont pour intersection la confiance qu’ont certains individus dans la manifestation de signes, dans l’existence de certains objets ou actes qui auraient la possibilité de modifier ou de prédéfinir la vie et le cours des évènements et ceci en bien ou en mal. Ainsi la superstition peut se définir comme suit : Fait de croire que certains actes, certains signes entraînent mystérieusement des conséquences bonnes ou mauvaises ; croyance aux présages, aux signes. ( Google, Dictionnaires Le Robert ). Elle se présente globalement comme un ensemble de vaines craintes et de vaines espérances basées sur des signes ésotériques, et également en tant que tout comportement animiste, c’est-à-dire toute tentative d’attribuer aux objets une âme asservie à la volonté humaine.

L’intérêt d’un tel sujet pour la société haïtienne

La société haïtienne n’est pas étrangère à la superstition. D’ailleurs certains iraient même jusqu’à dire qu’elle regorge de superstitieux, compte tenu de son caractère fortement religieux. Pour corroborer ces affirmations, il existe des faits concrets observés dans le comportement au quotidien des citoyens. Sans nous attarder sur les racines de ce fléau ; hormis les bonnes intentions ou même les bénéfices personnelles que peuvent en tirer les initiés, nous nous intéressons ici aux désavantages et à la nécessité d’une nouvelle conception.  Il s’avère en effet que les conséquences d’un tel phénomène ne soient pas toujours bénéfiques pour la construction d’une société qui viserait la prospérité, voire le simple vivre ensemble. Parmi les nombreux méfaits dont la superstition peut être la principale cause, nous vous en présentons tout de suite un échantillon de 5.

1. La culture de la paresse

Il existe un fait observé même des regards les moins curieux, mais qu’on oublie souvent d’attribuer à la superstition ou à un défaut d’éducation religieuse  s’il est vrai qu’il n’est pas enseigné par les autorités des églises. C’est la culture de la paresse chez certains chrétiens provoquée par une attente systématique de l’obtention de la grâce divine. Dans le marasme des soucis familiaux, économiques, sentimentaux ou sanitaires, les croyants concernés iront jusqu’à abuser de leur temps, dans des jeûnes interminables ou toute autre marque de dévotion. Ils useront d’une manière monotone et oisive un temps que d’autres jugeraient précieux pour prioriser de temps à autre l’action.

Alors qu’un souci dans les relations familiales pourrait se résoudre par un franc dialogue, qu’un souci économique disparaîtrait peut-être bien par un premier pas vers le monde du travail, on verra ce genre de chrétien pleurer à genoux du matin au soir dans l’espoir que Dieu intervienne et comble lui-même ses poches vides ou nettoie la gangrène de l’égoïsme dans son foyer. Pour mieux comprendre l’impact négatif d’un tel comportement dans une société, il suffit d’imaginer la catastrophe économique ou le gâchis total dans les foyers en tant que piliers sociaux, si la plupart des gens cultivait cette forme de paresse.

2. La prétention du don de précognition.

La « connaissance d’informations concernant des événements et des situations futurs selon des modalités inexpliquées scientifiquement » est une définition appropriée de la précognition. Plusieurs domaines de connaissances ésotériques peuvent s’arroger une telle compétence de prédiction, néanmoins le domaine qui nous intéresse ici, pour sa fréquence dans la société haïtienne est l’interprétation des rêves, où nombre d’individus utilisent leurs propres rêves ou ceux des autres pour prédire des catastrophes ou des évènements heureux en faveur ou au détriment de ceux qui auraient le malheur ou la chance d’apparaître dans leurs songes. Ce phénomène est si répandu que même les plus profanes veulent se faire passer pour des devins et la croyance populaire, pour avoir été maintes fois témoin du succès de ces prédictions, a atteint un niveau inquiétant de maturité.

Là où un tel phénomène de psychisme pur peut encore paraître pour certains dénué d’intérêt réel, un psychanalyste reconnu et accrédité comme Sigmund Freud nous dira que le rêve, loin d’être un fait banal ou absurde serait plutôt l’accomplissement immatériel des souhaits ou la représentation des désirs refoulés dans l’inconscient d’un individu. En résumé, selon le neurologue, le rêve n’aurait pour mission que de satisfaire les souhaits les plus intimes du rêveur le temps d’une douce nuit. Par ailleurs, le neurologue et psychanalyste, dans son ouvrage intitulé « l’interprétation du rêve » ne traduira point dans les mécanismes oniriques une quelconque puissance pouvant engendrer des faits concrets dans le futur en dehors des effets sur la conscience du désir Individuel. Ainsi, aucune autre conclusion ne nous semble plus plausible que d’attribuer aux effets d’une tendance superstitieuse, ce qu’on tient à nommer la prétention d’un don de précognition observée chez de nombreux compatriotes.

3. L’omission de la bienséance

Une anecdote : Deux jeunes gens pressent le pas sous un soleil éreintant, ils rentrent chez-eux après une journée de classe. Route faisant, un vieux les interpelle et les deux jeunes se sentent déjà alertés. Malgré l’appréhension, ils se dirigent tout de même vers l’aîné par politesse. Le vieux parle gentiment et explique aux jeunes qu’il a besoin d’un peu d’aide avec son téléphone pour récupérer un numéro qu’il n’arrive pas à retracer dans son historique d’appels. L’un des jeunes lui rend le service, répète le numéro à voix d’homme afin que le vieux puisse le griffonner sur un morceau de papier tout froissé. Le vieux remercie et s’éloigne, les jeunes se regardent et se disent qu’il y avait peut-être quelque chose dans ce numéro ! Ils rentrent tout à fait inquiets de ce qui pourrait bien advenir, ils sentent qu’ils viennent de commettre une erreur grave.

Combien de fois avons-nous nous agi contrairement à ces deux jeunes pour les mêmes suspicions ? À combien de reprise avons-nous évité de répondre aux bonjours des inconnus, de serrer la main ou pire d’offrir un peu de monnaie à un pauvre assez bizarre dans son apparence ? Mais la question est aussi de savoir si finalement le vieux n’allait pas sauver une vie, car au final ce numéro de téléphone serait celui de la servante qu’il voulait rappeler pour lui demander de fermer le robinet de gaz… encore une anecdote peut-être, mais qui connait les lourdes conséquences d’un acte banal de bienséance ? Trouvez-vous qu’il serait préférable de prioriser les inquiétudes superstitieuses ?

4. La propension au conflit

La vie en société est faite de rapports entre les individus qui la composent. Les bonnes relations font fructifier une société néanmoins ces rapports n’échappent pas aux malentendus. L’erreur étant propre à l’homme, puisqu’il s’agit du seul animal doué de raison et de bonne ou mauvaise conscience, le conflit devient inévitable. Dans un contexte où chacun chercherait le bien-être de l’autre le conflit serait peut-être plus facile à gérer ou à éviter, mais compte tenu de la priorité des intérêts personnels, il devient d’autant plus délicat de passer outre. Le conflit est alors inévitable, mais pas forcément un désir ou une propension. Elle devient une nette propension, lorsque s’y mêle la superstition ou la méchanceté. Le conflit s’assimile alors à une quête quand le nouvel employé superstitieux croit d’entrée de jeu qu’il lui faut éviter le gardien ou encore qu’il ne doit en aucun cas obtenir de promotion au détriment des anciens. Le conflit ressemble à une vraie quête quand le malheur frappe un superstitieux et qu’il doit obligatoirement trouver un coupable. Même les meilleures amitiés s’effritent pour une migraine juste après un dîner, car même sans preuves, le superstitieux tient déjà le responsable de son infortune.

5. Le fatalisme sur l’avenir du pays

Le fatalisme est une doctrine mais avant tout un comportement. C’est la réaction observable chez une personne qui croit bon de tout livrer à la volonté inexorable d’une puissance quelconque, qui aurait déterminé un dénouement inéluctable au cours des évènements. Parmi les pires maux qui rongent notre société, le fatalisme est sans doute l’ennemi le plus farouche qui s’oppose au patriotisme comme un mur infranchissable, et envenime d’impuissance les plus courageux d’entre nous.  Là encore la superstition s’immisce. Elle fait croire à nombre d’Haïtiens que le sort du pays a été scellé par le diable depuis 1791 dans les méandres du sang d’un cochon de mauvaise augure. Il fait croire à d’autres que notre indépendance n’est que l’accomplissement en partie du pacte conclu avec les forces du mal et que sur ces bases obscures ne saurait se lever le soleil d’un avenir prospère. Pour ces raisons et pour bien d’autres encore, les bras forts se baissent car au final aucune tentative de changement ne servirait à autre chose que pour la galerie, alea jacta est, voye yon dra blan sou li… D’autant plus qu’il n’y a jamais eu une vraie manifestation de patriotisme fructueuse pouvant contredire ce mauvais sort, la superstition participe avec cette théorie du complot pour alourdir le défi. Il faudrait peut-être avoir le courage de changer de conception, pour espérer le bleu du ciel sous l’orage. Néanmoins tout passerait par l’éradication de la superstition, par une nouvelle éducation, par un effort personnel d’abord et collectif par effet de cause.

À chacun ses raisons et sa liberté de croire que cette mentalité décrite tout au long de cet article n’a rien de superstitieux ni de mauvais.  Chacun peut trouver ses intérêts personnels qui différemment de notre approche lui sembleront plutôt bénéfiques. Cependant, s’il s’avérait par un curieux hasard qu’en lisant ces lignes nous puissions y rencontrer de vrais freins pour la construction de notre société, nous croyons qu’il serait alors un devoir de changer de mentalité.

Steevy Francisque

Jeune Capois, amateur de poésie, je me lance également dans l'écriture de nouvelles. Études interrompues à la Faculté de Linguistique Appliquée (FLA), étudiant en dernière année de Gestion des affaires à l'École Nationale Supérieure de Technologie (ENST).
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