Économie

Comprendre le phénomène de l’insécurité alimentaire en Haïti

En tout temps, en tout lieu, l’accès à une nourriture saine pour chaque être humain est un droit inaliénable. Cependant, un peu partout dans le monde, particulièrement en Haïti, beaucoup d’êtres humains ne peuvent jouir pleinement de ce droit à cause de la montée grandissante de la faim et de la malnutrition.

Intensifiée, par la Covid-19, la lutte contre le problème de la faim et de la malnutrition en Haïti stagne. Le gouvernement et les ONG internationales présentes sur le territoire haïtien, spécialisées dans le domaine de la nutrition et de l’alimentation, se donnent pour mission de vaincre ce problème sous toutes ses formes (dénutrition, carences en micronutriments, surpoids, obésité, etc.). Mais comment y parvenir sachant que c’est un problème qui fait trop peu de bruit ?

Une crise qui persiste en Haïti

Depuis plus d’une vingtaine d’années, Haïti connait une grave crise d’insécurité alimentaire, parfois qualifiée de chronique ou d’aiguë. D’année en année, cette crise s’aggrave. Haïti n’est pas épargnée par les désastres environnementaux, les problèmes sanitaires et les troubles socio-politiques. Les populations rurales sont considérées comme les plus exposées face à l’insécurité alimentaire, mais depuis peu on a pu constater que c’est un problème qui devient de plus en plus urbain. Pour bien comprendre cette crise, il faut d’abord la contextualiser car elle ne date pas d’hier. Elle a commencé à prendre de l’ampleur sous la présidence de M. René Garcia Préval avec les émeutes de la faim en avril 2008. En effet, pendant cette période les prix des denrées de base (le riz, le maïs et le sucre) se sont envolés, ce qui a entrainé des scènes de casses et de pillages un peu partout dans le pays. Moins de 24 mois après ces évènements, Haïti a connu l’une des catastrophes les plus meurtrières de son histoire, le tremblement de terre du 12 janvier 2010,  plongeant ainsi plus de 116 000 familles dans le sinistre le plus total et obligeant par la suite plus d’un million de personnes à prendre refuge dans des abris provisoires. C’est à partir de ce moment que la situation allait se compliquer. Les trois (3) années de sécheresse qu’a connue Haïti, doublées du phénomène El Niño, l’ouragan Matthew, les troubles socio-politiques et la Covid-19 peuvent être considérés comme les facteurs clés de cette descente aux enfers. Les crises viennent de partout, les unes aussi grave que les autres.

L’importation au détriment de la production nationale

Sans toutefois minimiser la décision prise par l’État haïtien de confiner le pays en mars 2020, les ménages sont devenus depuis un peu plus vulnérables face à l’insécurité alimentaire. Le revenu des ménages a considérablement baissé. Un nombre important d’employés s’est retrouvé en chômage partiel, et même définitif pour certains. Les prix des denrées alimentaires de base fluctuent constamment. Ces derniers mois on a pu assister à une légère appréciation de la gourde face au dollar américain, ce qui devrait en théorie permettre aux ménages d’augmenter leur panier alimentaire.
 
En effet, dans un pays ou 50% de la population  vit de l’agriculture (FAO, pré Covid-19), seuls 6,8% du budget de l’État ont été alloués au ministère de l’agriculture, dans les allocations des crédits budgétaires dans le projet de loi des finances 2018-2019. Haïti importe autant qu’elle exporte, estime la FAO. Environ 50% des produits consommés à l’intérieur du pays sont importés. Le taux d’inflation qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années a connu une légère baisse, 18,7% pour le mois de janvier 2021 contre 19,2% pour le mois de décembre 2020 (IHSI).  Elle est toutefois en hausse par rapport à 2017 (14,7%, FMI) et mars 2019 (17%, IHSI).
 
Des causes découlent nécessairement les conséquences. Pour la période allant de Aout 2020 à Février 2021, environ 9% de la population analysée (905 471 personnes) sont classées en phase 4 (urgence) de l’IPC, 33% (3 083 497 personnes) sont en phase 3 (crise), soit 42% de la population en besoin d’une action urgente (CNSA).  La période allant de Mars à Juin 2021 risque d’être critique.  

Des conséquences à court et à long terme

L’insécurité alimentaire, de par ses causes qu’on doit analyser de manière globale, doit être ramenée à un niveau  individuel pour pouvoir comprendre ses conséquences directes sur les individus. Sauter des repas, ne pas pouvoir accéder en qualité et en quantité suffisante a une nourriture saine, c’est ouvrir la porte aux problèmes de santé et de bien-être (surpoids, obésité, maladie liée à la malnutrition et la sous nutrition). Sur une courte période, on ressent la faim, puis la fatigue. Sur le moyen terme, le diabète, le cholestérol et une carence en certaines vitamines peuvent apparaitre. Sur une longue période, les problèmes physiques et psychologiques commenceront à apparaitre. Manger c’est bien, mais manger sainement est encore mieux.
 
Souvenons-nous de ces mots du président René Garcia Préval le 26 septembre 2008 devant la tribune des nations unies : « La charité n’a jamais aidé aucun pays à sortir du sous-développement ». En effet, pour pouvoir remonter la pente, le pays doit d’abord compter sur ses maigres ressources avant de se tourner vers l’extérieur et c’est peut-être la solution la plus durable pour combattre l’insécurité alimentaire. La période post-covid-19 promet d’être catastrophique. Le gouvernement doit déjà penser à un plan de relance pour supporter les familles les plus touchées par l’insécurité alimentaire. Ce ne sera pas facile, mais des stratégies de lutte peuvent être mise en place pour y arriver.

Deivi Abreu Perdomo

Étudiant à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire (UEH), passionné de sport, de lecture et d'écriture. De son point de vue, seule une jeunesse engagée peut conduire à un réel changement dans les moeurs et la manière de pensée.
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