Politique

Crises et accords : le sempiternel rituel des hommes politiques haïtiens

Depuis l’indépendance, les Haïtiens, toute couche confondue, ne sont jamais parvenus à se mettre ensemble pour diriger le pays. Il n’y a jamais eu d’entente nationale avec toutes les forces constitutives de la nation.

La société haïtienne, en matière du mode de production économique n’a pas connu de véritable et de profonde mutation. Elle est restée figée. La classe politique haïtienne malgré la Révolution de 1804, a toujours été incapable de marquer une rupture à son mode et ses moyens de production économique en vue de garantir le développement socio-économique. Elle a au contraire plongé le pays dans un système d’exclusion social provoquant beaucoup d’inégalités sur ce point. 

Cela allait engendrer une crise, dans la mesure où la masse défavorisée n’a jamais été au cœur des grandes décisions du pays. D’ailleurs, il n’y a jamais eu une politique envers les plus démunis car les décisions vont souvent à l’encontre de ces gens. Ce qui a conduit le pays à sa première grande crise systémique. Celle de 1843, qui malheureusement s’était heurtée sur un « accord » ; le manifeste de Praslin, qui n’a pas fait long feu.  

Dès lors, le pays n’a connu que des soi-disant accords. A chaque fois qu’il y ait une revendication sociale, les acteurs politiques du pays, sans toucher à fond les vrais problèmes (inégalités sociales, intégration sociale, le sous-développement, l’insécurité, le chômage, la misère, santé, etc.) se sont de préférence contenté à rouler le peuple dans la farine. En effet, avec la chute des Duvalier, des associations politiques, des partis politiques et des organisations de la « société civile » se sont mis d’accord pour trouver un accord : le fameux accord démocratique. Certains l’ont appelé « la transition démocratique », mais c’était une transition qui avait en visière exclusivement l’organisation des élection. C’est ce qui motive toujours la classe politique haïtienne : aller aux élections. Dès qu’il est question d’accord, élection suit derrière. C’est le jeu de dupes que préfèrent nos politiciens. D’ailleurs, ils s’en foutent pas mal des urgences de l’heure comme par exemple l’insécurité, la faim… 

A chaque fois qu’on entend le mot crise, son fils chéri n’est pas loin : accord. On assimile tout événement politique, social ou économique, éphémère, anormal au concept crise, qui plutôt, a une portée de longue durée. Il y a crise – au sens Gramscien – quand l’ordre établi meurt ou est entrain de mourir et que le nouveau tarde encore à s’installer. C’est une période de transition. Ce mot se trouve galvaudé. C’est la marque de fabrique de nos politiciens vautours en quête de poste politique, pour faire chanter le pouvoir en place. A ce sujet des milliers d’accords en veux-tu en voilà sont déjà soit au tiroir de l’oubli, faisant l’effet de douche froide ; soit faisant objet d’actualités. Et les accords, même les plus en désaccord, sont mis en branle pourvu que les intérêts soient vraisemblablement liés.  

Le problème du pays est d’ordre structurel ce qui veut dire que cela ne va pas changer du jour au lendemain. Si l’on veut un véritable accord ce sera une entente nationale entre les fils et les filles du pays s’asseyant ensemble pour trouver une solution inter haïtienne. Sans ingérence. C’est à ce moment qu’on parviendra à une avancée significative qui sortira le pays de ce bourbier. Aujourd’hui l’accord Lambert versus l’accord Ariel est en pleine compétition, les téléspectateurs regardent le match pendant que des hommes lourdement armés font la sieste au centre ville.

Chétiny Dorsainvil

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