Société

Haïti/Séisme. Entre la volonté d’aider, campagne électorale et pédantisme : où en sommes-nous réellement ?

Nous sommes le samedi 14 août 2021, à 8 heures 30 du matin, un séisme de magnitude 7.2 sur l’échelle de Richter frappe violemment le grand Sud de la République d’Haïti. Des vies humaines et des maisons détruites. Cette contrée considérée comme l’un des greniers du pays qui peine à se relever du cyclone Matthew, survenu en 2016, est de nouveau à genou. Des artistes haïtiens, des politiciens, des associations, des fondations, des ONG etc. ont tous convergé vers le Grand Sud et, dès lors, l’aide commençait à arriver au compte-goutte.

On aurait dit un défilé, voyant tous ces gens qui vont dans le grand Sud apportant leur soutien. Parmi lesquels, nous retrouvons des politiciens comme : l’ancien président Michel Martelly, Youri Latortue et Moise Jean Charles deux anciens sénateurs et d’autres membres de l’opposition. Les ministres du gouvernement actuel qui se sont installés dans la région après la catastrophe, comme si leur présence en valait vraiment la peine. Nous le savons tous que la politique est une pratique où le Momentum joue un rôle majeur dans la question de prise ou de conservation du pouvoir. Nous nous rappelons l’élection du feu Jovenel Moïse suite à son passage dans le Sud après le cyclone Matthew.

Quand des politiciens se présentent sur un lieu, ils attirent sur eux les projecteurs. De manière voulue ou non. Et ça ils le savent très bien et c’est pour cela qu’ils ne peuvent pas se passer d’une telle opportunité politique. En outre, ces genres d’événements arrangent bien le gouvernement puisque ceux-ci font pleuvoir des millions de dollars au nom des victimes. Mais tout le monde le sait que ces argents ne vont que remplir les poches des politiciens et des membres du secteur privé et les ONGs comme en 2010. Les victimes n’auront droit qu’aux miettes.

 Par ailleurs des artistes de la HMI ont aussi volé au secours des gens dans les départements ravagés par le séisme du 14 août. Convoi de camions contenant eau, trousses d’hygiène, nourritures etc. sont les principaux produits apportés par ces gens. Parmi eux il y en a qui ont des « Fondations », d’autres qui sont des ambassadeurs d’entreprises privées ou qui font de la pub. Alors venir au secours des victimes serait une occasion à ne pas rater. « Ça fait partie de leur travail », si vous voyez ce que je veux dire. Nous allons vite comprendre que filmer/vidéo clipper ce que l’on donne aux sinistrés fait également partie de leur travail. C’est en ce sens qu’un des artistes, dans une petite vidéo de 16 secondes, connu sous le nom de Tony Mix disant : « ou pa ka bay sipò ou nan sa k ap fèt la kote ke anpil moun viktim, nou pa bezwen opinyon ou. Pa vin pale moun mal, vin fè kòmantè, vin ranse anba pòs moun, ou pa ka ede djòs zipe dan ou, dat sèt ». C’est une réponse donnée aux certaines personnes qui dénoncent la pratique de filmer les gens – les victimes – du séisme quand ils reçoivent de l’aide.

Et cette polémique s’enflamme depuis quelques jours sur les réseaux sociaux entre ceux/celles qui sont pour et contre de prendre en photo ou de filmer les victimes qui reçoivent de l’aide. Carel Pedre, animateur de Chokarella et personnalité médiatique très connue, préconise qu’il faut filmer les stocks, mais pas les gens. Tandis que d’autres s’y opposent catégoriquement. C’est le cas du rappeur Blaze One qui lui dans une autre démarche : il faut aider sans faire du pédantisme. Maintenant quel est le meilleur comportement à adopter ? Est-il vraiment nécessaire de prendre en photo des gens qu’on veut aider ?

La relation image-aide ou ONG-médias a une fonction communicationnelle qui s’inscrit dans une perspective à inciter la sphère de l’aide (Virginie Troit, 2014). Elle sert à montrer et informer de la vulnérabilité des populations – des victimes – mais aussi elle est liée aux expositions et campagnes d’affichage amenant les bailleurs à agir par une action qui se compte en des fortes sommes d’argent. En effet prendre les images de la population à laquelle elles apportent de l’aide fait partie de l’ADN des ONG et des fondations. Toutefois cela pose un problème d’éthique et touche à la dignité de la personne. Il suffit de penser à la gêne que peuvent ressentir ceux qui reçoivent de l’aide, se voyant être pris en image juste après avoir reçu l’aide en question.  

C’est une très bonne chose d’aider les gens en difficultés et cette solidarité inter-haïtienne est à encourager. Cependant, il faut le faire de manière sincère tout en respectant la dignité des personnes, déjà victimes. Cela ne devrait pas être une occasion pour se procurer de l’argent ; faire du m’as-tu-vu ; ou pour commencer à faire sa campagne électorale (voilée). Cela ne devrait pas être non plus une façon pour montrer au monde entier sa philanthropie ou tout simplement parce qu’on veut suivre le courant, tout ça au détriment des victimes. Aider c’est de la bienveillance, de la générosité avant tout.

Chétiny Dorsainvil

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