Interview

Photos. Jenny Prinston : une jeune femme qui crée des photos vivantes

Une jeune femme qui photographie tout ce qui bouge, qui met en scène des personnages en bâtons d’allumettes, œufs, pétales de fleur… Jenny Prinston est une photographe qui crée des photographies qui parlent, bougent et dansent. Ses photos sont bien vivantes.

Décidément, les photos de Jenny Prinston semblent avoir déjà reçu une appréciation unanime et positive de la part de sa communauté. À en croire les commentaires élogieux de ses abonnés sur Facebook, Jenny est une photographe hors-pair. Mais comment une jeune femme n’ayant reçu aucune formation en photographie arrive à séduire autant avec ses photos ? La question sera vite répondue. Jenny n’est pas une photographe comme tous ceux que l’on croise au coin de la rue ou lors de la kermesse sur la cour du collège. Elle photographie tout et n’importe quoi, comme tout photographe passionné certes, mais elle prodigue à ses photos une pincée de créativité qui y ajoute des mots, des phrases, un discours, une histoire, une vie. Les photos de Jenny parlent littéralement, du moins pour ceux qui parviennent à les lire et comprendre.

En effet, elles ont attiré notre attention et nous avions pris l’initiative d’aller rencontrer Jenny pour l’entretenir sur ses activités artistiques et ses liens avec la photographie.

Rektili : Qui est Jenny Prinston et comment a été sa rencontre avec la photographie ?

Jenny Prinston : Jenny Prinston, plus connue sous le pseudonyme de Ennjy, j’ai 26 ans. J’ai étudié la Linguistique à la Faculté de Linguistique Appliquée de l’Universite d’Etat d’Haiti, Formatrice et analyste, autrefois rédactrice pour le quotidien Le Nouvelliste, je suis poétesse par moment. 

J’ai toujours aimé prendre des photos, aussi banales qu’elles puissent paraître, avec mon smartphone. Je ne sais pas comment j’ai rencontré la photographie mais je photographiais tout ce qui bouge, mes proches en avaient quelques fois marre de me voir tout le temps en train de me prendre en photo ou de photographier ce que je vois. J’ai vraiment commencé au moment du confinement, et c’était une façon pour moi de me sentir vivante, sachant la situation stressante dans laquelle on vit au quotidien ici en Haïti, je photographiais les passants, je me rendais dans certaines provinces du pays et je prenais en photo les marchands, les enfants et tout, voilà comment j’ai vraiment commencé à avoir cette obsession pour la photographie.

RKTL : Comment faites-vous pour prendre des photos aussi parlantes ?

J’essaie tout simplement de faire ressortir ce que nous vivons actuellement dans le pays, ou ce que nous vivons dans la société. On regarde souvent mais on oublie de voir. 

JP : Je confectionne les personnages en allumettes, je les prends en photos en faisant passer le message que je veux. Je ne saurais l’expliquer plus clair. Je suis tombée une fois sur un photographe indien qui avait pris une photo d’un homme en allumette, je me suis dit que je vais essayer, alors j’ai essayé et voilà. Parfois je les reproduis en ajoutant ma touche originale en rapport avec la situation du pays.

RKTL : La photographie, comme vous la pratiquez, serait-ce pour vous une forme de militance ?

JP : J’essaie tout simplement de vivre ma passion, la photographie dit tout haut ce qu’on ne dit pas ou ce qu’on dit tout bas. La photographie est une autre manière de faire ressortir notre réalité, nos frustrations. Alors si c’est une forme de militance, je suis prête à militer pendant quelques temps à travers mes allumettes et mes photos.

 

RKTL : Smartphone ou DSLR ?

 

JP : Toutes mes photos on été prises avec mon iPhone XR. Mais je souhaite avoir bientôt une caméra professionnelle pour continuer à vivre ma passion.

 

RKTL : Que diriez-vous à ces jeunes qui hésitent encore à commencer à vivre leur passion ?

JP : N’hésitez surtout pas à vous lancer dans ce que vous aimez, vivez votre passion avec les moyens que vous avez et tout le reste viendra au moment opportun.


Nous vous proposons de visualiser ces 10 photos qui démontrent en quelque sorte le génie de Jenny.

1. Entraide

Entraide, c’est le premier mot qui nous apparaît à l’esprit en regardant cette première photographie. Elle met en scène une personne soulageant une autre d’un joug qui semblait l’écraser.

2. La fleur d’œufs

Cette image représente une fleur dont la corolle est formée par des œufs disposés en cercle.

3. L’échelle du succès

Nul besoin est d’avoir une imagination de génie pour déceler le contexte de cette image. Si tant est que tout le monde aspire à briller d’une façon ou d’une autre, l’échelle dans la photo représenterait les efforts pour parvenir à cette lumière.

4. Imprudence

La photo est certes prise de plongée où les œufs sont arrangés sur une surface plane, mais elle offre une perspective qui s’avère assez périlleuse pour ces œufs.

5. Deux œufs heureux, un œuf furieux

Une illustration d’un couple observé par un individu esseulé. L’amour est beau mais il fait souvent des jaloux.

6. Une lecture éclairante

Un personnage qui lit le journal. Mais, que peut-il bien apprendre d’éclairant dans un journal décrivant l’actualité d’un pays longtemps embourbé dans l’obscurité. Ce dernier titre n’est pas du tout cohérent, mais bon…

7. La ruée vers le bien-être

Cette photo aurait été beaucoup plus éloquente si elle avait mis en scène plusieurs personnages en train de franchir la bannière. C’est notre plus grande vérité aujourd’hui, mais dommage peu de médias en parlent : beaucoup de jeunes quittent le pays en quête d’un bien-être qu’ils espèrent trouver ailleurs, peu importe l’endroit, pourvu que c’est hors de ces 27750 Km² qui forment la République d’Haïti.

8. Auto-Stop

9. Funérailles

10. Mon combat

Il est clair que chaque Haïtien vivant en Haïti mène un combat. Déclarée ou non, la guerre est constante, sans répit et parfois avec des escalades démesurées. Contre lui-même, contre son entourage, contre l’État passif et mangeur d’homme, chacun son combat… ou plutôt, chacun ses combats.

Les légendes à cette photos sont notre lecture de ces dernières. Elles peuvent concorder à l’appréhension que s’en est faite le lecteur… ou pas. D’ailleurs, chacun peu en faire ses propres jugements. Mais, ce qui est sûr c’est que ces photos disent quelque chose.

Mike Préval

Un amoureux de la vie, des lettres et des images…

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