Éducation

La mission de l’Éducation : ce qu’elle est, ce qu’elle devrait être

S’il est bien une chose dont on reconnaît tous l’importance, c’est certainement l’Éducation. Et on serait bien en peine de trouver quelqu’un avec assez de mauvaise foi pour remettre en question son caractère décisif dans la vie de l’individu et de la société. Régulièrement, au gré des fulgurances de l’esprit, retrouvez un billet dans une série qui se propose de discuter fondamentalement l’Éducation ici en Haïti. Une matière, une pratique, une philosophie après l’autre.

Pourquoi forme-t’on l’individu ? Une interrogation en apparence anodine qui a pourtant de quoi prendre de court plus d’un, moi le premier. Car il est devenu machinal de former les individus. Bien sûr, il arrive que l’on se donne vaguement comme raison l’importance des connaissances. D’autres vous diront qu’il faut bien que l’individu devienne « quelqu’un ». Ce n’est pas mon propos ici de discuter de ces pourquoi. Mais ce sont là, il me semble, autant de manières de justifier après coup. Rien donc de profondément déterminant.

Disons qu’en réalité on forme l’individu pour répondre à nos attentes. Ce « On » dont il a jusqu’ici été question n’est autre que nous, membres de société ; c’est-à-dire acteurs d’un ensemble cohérent d’interactions, autrement dit du système (ce fameux système dont je risque souvent de faire mention mais qui ne sera pas plus amplement précisé ici). Ces attentes sont donc celles du système ; ce sont les besoins de sa pérennité. Elles s’expriment dès lors qu’il les valorisent économiquement ou socialement.

Il apparaît alors qu’une fonction fondamentale de l’Éducation est de fournir à la société les individus nécessaires à sa pérennité et à la quête de son apogée en tant que telle. C’est là sa fonction de fait. Cependant cela implique également que l’Éducation a une fonction de réalisation du rêve social, de la vision politique. Car dire qu’elle peut former des individus pour la pérennité et l’accomplissement du système, c’est aussi dire qu’elle peut proposer les individus pour changer ce système et assurer la pérennité de la société nouvelle.

Et n’est-ce pas qu’aujourd’hui notre société doit changer ? N’est-ce pas que nous devons construire autre chose ? N’est-ce pas que nous devons de toute urgence abandonner ce modèle de société ultracapitaliste quoique « pauvre » (du moins, selon les barèmes du capitalisme occidental) ? N’est-il donc pas vrai qu’il faille délaisser ce modèle de société à la pensée unique malgré sa prétendue démocratie ?

Ne faut-il pas sortir de cette triste grisaille où les individus sont complètement effacés, n’ont plus d’existence personnelle propre, ne sont plus originaux que dans des schémas préétablis ; de cette aberration où la pensée de l’individu n’a de valeur que celle des sommités qu’il cite, où ses connaissances ne sont que celles des autres ; de cette lugubre usine où l’individu est devenu un être sans réflexion profonde qui exécute machinalement les procédures studieusement apprises; de ce sinistre appareillage où il n’est qu’une pièce interchangeable ?

Voici donc la fonction magnifique que doit désormais embrasser l’Éducation : servir à ériger un système profondément humain, servir à bâtir la société nouvelle. Son rôle est donc d’offrir aux individus les moyens de pleinement se réaliser intellectuellement, physiquement, spirituellement, socialement. Elle doit leur permettre de se construire magnifiquement, avec unicité, pour eux-mêmes et les autres ; sans contradiction. C’est-à-dire dépasser l’antagonisme entre individu et société dont la nécessaire coexistence doit être aussi harmonieuse.

Il s’agit donc de considérer l’individu comme étant appelé à vivre. Et qui sait ce que l’on peut être amené à vivre en une vie ? Et ce fleuve qu’il faudra un jour traverser ? Et ce mur qu’il faudra escalader ? Et ces enfants perdus dont on se retrouvera brusquement à avoir la charge ? Et ces aliments qu’il faudra désormais cultiver ? Et notre lit qu’on devra un jour construire soi-même ? Et cet inconnu qui, sans crier gare, aura besoin d’un garrot ? Et cette amie qu’il faudra motiver ?

Telle est la proclamation à faire aujourd’hui s’agissant de la mission de l’Éducation : il ne s’agit plus de modeler les individus pour être conformes à un appareillage social (conception mécanique très douteuse) ! Non, non et non! Il s’agit plutôt, désormais, de les munir pour leur vie et leur vie avec les autres : les munir pour la quête de leur bonheur et de leur sur-moi au sens le plus nietzschéen du terme !

Kitz Sanozier, SUM SUMUS

Kitz Arbens Sanozier

Kitz Sanozier aime à se définir comme un homme parmi les Hommes. Enfant, il a eu ses livres comme meilleur ami. Aujourd'hui il lui arrive de prendre la plume, convaincu de la force des mots et de la nécessité de nouveaux discours. Haïti dans le cœur, la révolution dans l'âme.
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