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La PNH, ne devrait-elle pas cesser de publier la photo des interpellés ?

S’il est une situation que la plupart des Haïtiens redoutent le plus, c’est bien celle où l’on se trouve mêlée dans une quelconque affaire en rapport avec la police. Peu importent les raisons, il serait mieux pendant toute une vie d’éviter ne serait-ce que le plus banal contrôle de routine.

Ici chez nous, il faut le dire, les gens craignent la police et leur défèrent un respect frôlant l’aversion. Cette peur mêlée de haine semble être la résultante de comportements habituellement affichés par ces derniers. Ces individus-chefs semblent assez souvent traversés par une mégalomanie rageuse, qui les pousse à exiger révérence et hommages. Et, bien souvent ils en viennent à la torture à la moindre suspicion d’un écart ou un air d’insolence, surtout lorsqu’il s’agit d’hommes dans la vingt-trentaine.

Oui, les jeunes hommes s’avèrent être le plus exposés à cette menace. Et c’est en ce sens qu’il sont tenus assez souvent, et ceci dès leurs plus jeune âge, de respecter certains principes que les parents s’assurent de leur inculquer… les coiffures qu’il faut éviter ; la façon de bien ajuster son pantalon ; toujours porter une ceinture ou une chemisette, etc.

Au risque de se faire passer à tabac voire se faire incarcérer pour un rien, vaut mieux appliquer ces principes, surtout lorsqu’on est un jeune homme vivant dans la capitale. Les bavures policières sont légion en Haïti et sont considérés normales, tant les gens y sont habitués… le mieux à faire, c’est prier pour ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Nombreux sont les cas où des jeunes hommes ont perdu ou ont failli perdre la vie à cause de l’indécence et de la grossièreté de ces tontons-macoutes 2.0.

Aujourd’hui, une autre menace beaucoup plus lourde de conséquences en ce que ses effets s’installent sur le long terme vient s’associer à la violence des agents en uniforme. Depuis quelques temps, la Police Nationale via les réseaux sociaux embrasse une pratique consistant dans la publication des photos d’individus arrêtés lors de simples interventions, très souvent maladroites ; sans tenir compte de la présomption d’innocence.

Généralement, il est des choses qui peuvent détruire toute une vie. Et parmi elles, figure au premier rang « voir sa réputation être faussement salie ». Mais, il faut accorder que les réseaux sociaux sont un bon moyen pour la police de communiquer avec la population, lui tenir informée sur l’évolution d’une enquête qui concerne la communauté en général, lui avertir d’une menace quelconque, la mettre en alerte contre un individu dangereux… quand tout cela est fait de manière professionnelle bien sûr.

Ce qui n’est malheureusement pas le cas de cette nouvelle pratique de la Police Nationale d’Haïti. Nombre de gens se plaignent depuis l’adoption de cette mesure qui, semble-t-il, n’émane d’aucune loi sanctionnée par le parlement. Des gens se trouvent avilis, leurs visages exposés parmi des criminels, leur réputation entachée à jamais… juste pour un malentendu.

Certainement, il y a des malentendus qui ne sont pas des malentendus. La police devrait cesser avec cette pratique qui ne fait que détruire la réputation de gens innocents. Cependant, elle pourrait toujours, dans un souci de sécurité et d’avertissement mettre la communauté en garde contre les individus potentiellement dangereux. Les individus poursuivis par la police et qui sont égarés dans la nature, ceux dont un juge s’est prononcé sur l’affaire et qui sont reconnus coupables pourraient faire l’objet de cette exposition sur les réseaux, dans ce cas ce ne serait pas à tort. Mais lorsque quelqu’un se qui se trouve interpellé et relâché le lendemain, voit ainsi sa réputation salie, ceci peut être pour lui un choc beaucoup plus violent que l’arrestation en elle-même. Et Dieu sait combien ces policiers sont violent et maladroits !

La présomption d’innocence est définie comme étant un principe juridique selon lequel toute personne qui se voit reprocher une infraction est réputée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été légalement démontrée. Par conséquent, publier la photo de gens potentiellement innocents constitue une violation à ce principe. En ce sens, ce serait un choix judicieux que la police s’assure de la culpabilité et de la dangerosité des individus arrêtés ou recherchés avant rendre public aussi honteusement leur image.

De plus, le principe de présomption d’innocence fait barrière à la liberté d’expression car toute personne non encore condamnée présentée publiquement comme coupable est en position d’exiger une rectification publique. Or, la justice n’existe pas dans le vocabulaire Haïtien et vu l’orgueil qui anime nos chefs de l’ordre, pour eux, ce serait mettre en cause leur autorité que d’admettre qu’ils ont mal agi et de présenter des excuses en reconnaissance de leur tort. Ainsi, celui dont l’identité a été ignoblement salie par une simple maladresse s’en trouve à jamais entaché. En effet, les conséquences d’une telle maladresse peuvent jusqu’à porter atteinte à sa vie sociale. Il peut subir le rejet de son entourage, perdre son emploi, etc. Psychologiquement, cela peut gravement affecter sa personnalité, l’amener à une situation de culpabilité réactionnelle qui peut développer chez lui un comportement refermé et même violent.

La Direction Centrale de la Police Judiciaire pourrait ne pas avoir mesuré l’ampleur des dangers que peut causer une telle pratique, mais il est important qu’elle le fasse désormais avec beaucoup plus de tact voire même l’arrêter définitivement. Exposer sur les réseaux sociaux les photos d’une personne en pleine possession de ses droits civiques et politiques dans une position jugée inconvenue par elle-même est une atteinte à son intégrité en tant que personne et elle devrait en ce sens obtenir excuses et réparations. D’ailleurs, il serait préférable de ne pas en arriver là. D’où la nécessité d’en finir avec cette pratique.

Il faut souligner que jusqu’à présent, il n’existe aucune loi sur la protection d’images et ni les questions liées à la technologie en général, hormis la loi concernant la signature électronique votée en 2017. L’année d’avant, en 2016, le sénateur Jean Renel Senatus avait fait une proposition de loi réprimant l’irrespect de la vie privée par l’utilisation abusive des réseaux sociaux, loi n’avait malheureusement pas abouti.

Mike Préval

Un amoureux de la vie, des lettres et des images…

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