Société

La sexualisation précoce : un phénomène dévastateur pour les enfants

La société actuelle, succombe sous le poids de la normalisation. Nous voyons en ce terme, non pas un aspect éthique en ce qui a trait aux règles de conduite mais plutôt une acception nouvelle attribuée à certains faits antécédemment proscrits et considérés comme tabous quelques décennies auparavant. Parmi ces derniers, considérons l’hypersexualisation qui, au vu et au su de tous, use de carte blanche en plein 21ème siècle.

Quid de l’hypersexualisation ?

La sexualisation précoce ou hypersexualisation est un terme employé par des spécialistes en psychologie de l’enfant, sexologie ou sociologie, pour désigner la tendance, à une commercialisation et médiatisation de la sexualité qui affecte le développement des enfants et adolescents. L’hypersexualisation est présente surtout dans les sociétés occidentales. L’influence des médias et d’Internet serait prépondérante dans l’émergence de « l’hypersexualisation » et maintes études abordent des répercussions potentiellement dommageables de ce phénomène sur la santé physique et psychologique des hommes et des femmes.

Le phénomène résulte de l’hypermédiatisation de conduites sexuelles dans l’habillement surtout mais aussi dans l’industrie du spectacle, les médias ou encore l’accès à la pornographie facilitée par internet. Les comportements sexuels sont alors banalisés et influencent souvent de façon peu souhaitable la formation de l’identité des jeunes. Jocelyne Robert, sexologue, résume l’hypersexualisation en la qualifiant de « représentation de l’enfant comme une sorte d’adulte sexuel miniature ». Nous observons notamment ce phénomène dans la société haïtienne où la décence et la pudeur ont été reléguées au dernier plan.

Il est à noter qu’aucune protestation même implicite n’a été faite afin d’en empêcher l’extension. Il est devenu un fait normal de vêtir une enfant d’une dizaine d’années en femme adulte, de là résulte la banalisation et l’indifférence faites à ces cas d’indécence. Autre remarque, ce problème s’applique principalement aux jeunes filles et a donc sur cette catégorie sociale un plus grand impact en comparaison de celui sur les petits garçons. Certains sociologues affirment que ce phénomène prouve un certain échec du mouvement féministe. Selon certains d’entre eux, les filles, notamment les nymphettes qui imitent ces schémas sexuels dans leur façon de se vêtir, dans leurs danses, par la consommation de pornographie ainsi que par la pratique de relations sexuelles, sont beaucoup plus mal perçues que les jeunes hommes du même âge qui auraient les mêmes pratiques.

D’un autre côté, cela relève aussi de l’incapacité des parents haïtiens à éduquer leurs enfants. En effet, ces dernières années, nous avions assisté à une dévalorisation protubérante de la famille en tant qu’institution primaire sociale. Cette incapacité peut parfois se révéler être volontaire mais dans de nombreux cas, cela relève plutôt du manque d’éducation sexuelle qui devrait être transmise à travers les générations. Longtemps déjà , Haïti est resté et demeure un pays où l’éducation dans sa forme la plus basique est sectorisée et vouée aux plus méritants selon des critères socio économiques absurdes. Ces pères et mères non éduqués deviennent alors ceux et celles qui font fi des comportements de leurs progénitures en milieu social et encouragent même ces dernières à s’adapter aux stéréotypes fixés par le milieu en question. Ces parents ne savent ou ne peuvent pas éduquer leurs enfants, le fait étant qu’eux-mêmes n’ont jamais pu recevoir une telle instruction de la part des leurs. Inconsciemment, cela s’est propagé dans l’imaginaire collectif et quelques institutions religieuses mises à part, tout le monde s’est vu accepter le fait de passer d’un code vestimentaire décent à celui libertin d’une sexocratie.

Quelques problèmes résultants

  • Viols / Pédophilie

Dans la plupart des pays touchés par l’hypersexualisation, plus particulièrement Haïti, les conséquences sont souvent d’ordre primaire. Cela contribue à l’accroissement du taux de violence faite aux jeunes femmes, aux viols et à l’expansion de la pédophilie. Aussi vrai soit-il que certaines mesures ont été prises afin de pallier au gros du problème (associations féministes, Ministère de la condition féminine et autres), il n’en demeure pas moins vrai qu’aucune loi n’a été émise afin de remédier radicalement à celui-ci. Il va sans dire que de nos jours, on valorise le caractère sexuel implicite des jeunes.

  • Restructuration comportementale

L’hypersexualisation influence la perception que les jeunes se font de la sexualité. Par exemple, les filles et les garçons sont nombreux à être influencés par la pornographie facilement accessible sur Internet et à vouloir reproduire ces images dans leurs relations. Beaucoup de garçons sentiront également une pression pour être sexuellement performants selon des barèmes peu réalistes ou encore afin d’essayer différentes pratiques sexuelles, parfois même avec plusieurs partenaires. 

Dans l’ensemble, plusieurs adultes banalisent l’accès des jeunes à des contenus sexuels. Ils considèrent que les jeunes d’aujourd’hui en savent plus que ceux d’autrefois et que ce serait pour le mieux. L’hypersexualisation peut tout aussi bien conduire à une sexualité précoce chez les jeunes. Séduits par les images proposées à la télévision et sur Internet, certains adoptent des comportements empruntés à une sexualité adulte, sans la maturité nécessaire pour affronter les situations qui en découlent. Les filles ont effectivement l’impression d’être anormales si elles ne sont pas intéressées par les rapports amoureux ou sexuels. Leur confusion est d’autant plus grande que les normes sociales sont contradictoires : elles devraient être à la fois innocentes et séductrices, vierges et expérimentées. Avoir des relations sexuelles à un jeune âge est aussi l’un des facteurs qui augmentent le risque d’infections sexuellement transmissibles.

Etant toujours influencés par leur environnement, les jeunes ont surtout tendance à afficher publiquement des aspects de leur vie intime et personnelle. Ils utilisent à cette fin les médias sociaux, notamment Facebook, Instagram, Snapchat et TikTok, comme un journal intime et deviennent beaucoup plus vulnérables à différentes situations problématiques : exploitation sexuelle, intimidation, vol d’identité et autres.

Quelques pistes de solutions

Il incombe d’abord aux parents d’inculquer le savoir nécessaire à leurs enfants afin que ces derniers ne puissent pas se laisser influencer. L’éducation sexuelle des jeunes peut minimiser les conséquences néfastes de l’exposition intensive aux messages sexuels. Cette éducation doit dans ce cas prendre en considération la question des rôles sexuels, des stéréotypes sexuels associés aux hommes ou femmes, et leur impact sur les relations garçons-filles.

Il faudrait dans ce cas :

  1. alerter sur les messages troubles véhiculés par la pornographie.
  2. alerter sur les pressions exercées sur leur comportement
  3. leur expliquer les outils technologiques ou comportements protégeant leur vie intime
  4. aborder les questions de désir, plaisir et amour
  5. apprendre à identifier ses émotions et à les évaluer, et apprendre à s’affirmer
  6. Faire une restructuration comportementale de ceux qui ont déjà été atteints

L’État lui-même devrait intervenir soit en passant par le système éducatif en place soit en créant des lois qui ralentissent au mieux le phénomène en question. C’est aussi le devoir de chacun de protester face à cette plaie cancéreuse touchant notre société.

La nature a cette manie étrange,  dit-on, de bien faire les choses mais dans le cas où elle s’en trouve forcée, il n’en résulte que des conséquences néfastes à notre quotidien. Il est vrai que notre société doit évoluer, se moderniser, se restructurer mais la reconsidération suivie de la banalisation de certaines normes de vie constitueront un frein au développement durable de celle-ci. Il importe donc que nous nous y opposons.

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