Écologie

Le barrage de Marion, une lueur d’espoir pour l’agriculture ?

La maîtrise de l’eau s’avère un atout majeur en milieu agricole, surtout dans les régions tropicales. De ce fait, l’irrigation devient une pièce maîtresse dans l’agriculture. En Haïti, son utilisation permet de compenser le manque occasionné par une pluviométrie défaillante.

Faire de l’agriculture nécessite trois éléments inhérents l’un à l’autre. Il s’agit de disposer du sol, des plantes et de l’eau. Sur les exploitations agricoles haïtiennes, l’eau fait souvent défaut. C’est en quelque sorte un facteur limitant. Les dirigeants haïtiens des dernières décennies prennent plaisir à construire des barrages hydrauliques comme s’il s’agissait du sésame qui allait faire sauter les portes rebelles d’une agriculture florissante.

Le barrage de Marion est de fraîche date. Construit sous les initiatives de Jovenel Moïse, ce barrage éponyme se trouve dans le département du Nord-Est et a pour mission de desservir les zones cultivables et irrigables de la région. Inauguré le samedi 1er mai dernier, il est financé intégralement par le Trésor Public. Il comprend un réservoir de 10 millions de m3 d’eau, avec une capacité de transit de 20 millions m3 d’eau par an. Plein de promesses, il va devoir combler beaucoup d’attentes et donner un nouvel essor à la production nationale. Avec toutes les propagandes qui vont avec, il est important de faire le point sur la question.

La définition de barrage du dictionnaire Larousse renvoie à un ouvrage artificiel coupant le lit d’un cours d’eau pour en assurer la régulation, et servant à alimenter les villes en eau, à irriguer les cultures ou à produire de l’énergie. Dans le présent cas, c’est la fonction d’irrigation qui retient notre attention et fera l’objet de cet article.

Cet aspect de l’irrigation consiste en un apport d’eau de manière artificielle pour satisfaire les besoins en eau des plantes en cas de déficits pluviométriques, elle joue également un rôle dans la fertilisation foliaire. En outre, elle permet de lessiver le sol en cas de concentration élevée en sels. Une concentration élevée en sels peut détruire une culture qui n’en nécessitait qu’une faible dose.

Étant un pays agricole, l’irrigation a toute son importance en Haïti. Certaines régions reçoivent beaucoup plus de pluie que d’autres. Et il faut quand même produire dans ces régions. L’irrigation vient alors régler le problème. Grâce à elle, l’irrégularité spatio-temporelle de la pluie peut être comblée. C’est pareil pour l’irrégularité de la répartition annuelle de la pluie. Elle est nécessaire pour la pratique de certaines cultures qui se font toute l’année, dont la riziculture de submersion.

S’il reste fidèle à ses promesses, le barrage de Marion comme tout barrage digne de leur nom doit être en mesure de favoriser l’augmentation de la production agricole ainsi que la productivité. Il est alors de son ressort d’accroître et d’améliorer la qualité des productions, régulariser, diversifier et intensifier la production. De même, il tendra à accélérer le processus d’indépendance alimentaire nationale. Il faut aussi s’attendre à ce que Marion devienne un bassin d’emploi.

Le département de l’Artibonite dispose du barrage de Péligre et celui de Canot. Cependant, la zone ne répond pas malheureusement comme il le fallait aux attentes. L’installation de ces ouvrages traduisent la velléité d’apporter un souffle de changement. Mais, le projet s’arrête là. La problématique de la main-d’œuvre qualifiée surgit et entrave le développement agricole. Les exploitants de l’Artibonite se plaignent beaucoup de la gestion qu’on fait de l’eau de Péligre. Les zones dépendamment de leurs positions, en aval ou en amont, se voient inonder à des périodes où leurs cultures ne nécessitaient pas d’eau et n’en reçoivent pas quand ils en ont réellement besoin. Au lieu de croître, la plupart du temps, les productions sont perdues. L’irrigation doit se faire selon les besoins de la région, selon le calendrier cultural. D’un autre côté, des structures doivent être mises en place dans la perspective d’acheminer jusque dans les parcelles. Cette analogie nous pousse à demander si de telles préoccupations sont intégrées et prises en compte dans la gestion du barrage de Marion afin qu’il ne répète pas les tares de ces barrages qui ont vu le jour et œuvré bien avant lui.

Toutefois, le barrage de Marion fonctionne déjà. Tous les yeux sont tournés vers lui. Quand viendra l’heure du bilan, chacun pourra tirer sa propre conclusion. Entretemps, l’agriculture haïtienne souffre et peine à trouver sa voie. Il nous faut trouver une dynamique de croissance.

Wislin Prévil

Wislin Altaïr Prévil est étudiant à la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vétérinaire de l'Université d'Etat d'Haïti. Amateur éclairé de lecture et d'écriture, il garde la ferme conviction que le pays tant rêvé ne peut découler que d'une jeunesse éduquée et soucieuse.
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