Éditorial

« Opération évasion »

Vous seriez revenus, si vous étiez à leur place ? Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de quitter l’enfer, ne serait-ce que pour un simple aller-retour. Alors, une fois que l’opportunité se présente, à quoi bon y retourner ? Rester comme irrégulier quitte à se faire expulser après ou retourner en enfer ? Le choix est vite fait.

Cela ne choque plus, le fait qu’un Haïtien, censé représenter le pays à un quelconque événement à l’étranger, ne rentre pas au bercail, tellement on y est habitué ; et, très souvent l’acte est acclamé. Ceux qui reviennent essuient toutes sortes de critiques, et parfois même, regrets s’ensuivent. Occasion manquée. Quitter l’enfer n’est pas chose facile, une fois que la porte s’ouvre, le choix le plus judicieux serait de s’en aller sans regarder derrière.

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Ce phénomène d’Haïtiens désespérés qui brûlent leur billet de retour, abandonnant leur communauté, leur famille, aussi superficiel qu’il puisse paraître a priori est la résultante de tout un ensemble de problèmes qui proviennent tous de la crise qui secoue le pays depuis longtemps déjà. Insécurité sociale et alimentaire ; absence d’infrastructures, de services sociaux et de politiques publiques ; corruption, tout ça pour un niveau de vie plus qu’exécrable.

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Après l’exode massif vers le Brésil et le Chili, aucune mesure n’avait été prise pour stopper l’hémorragie. De plus en plus de jeunes se posent aujourd’hui la question s’il faut partir ou rester. Et, bien souvent, c’est la première option qui tient la route. Pendant ce temps, la République voisine veut éviter que la vague d’imigrés Haïtiens qui grossit à un rythme déjà inquiétant ne devienne incontrôlable. A fortiori, les pays « amis » deviennent plus réticents quant à l’idée d’accueillir ces « exilés de l’enfer » que sont les Haïtiens.

Des prisonniers dans leur propre pays ; Haïti est devenu un enfer pour ses fils. Désormais, tous les moyens sont bons pour fuir ; coûte que coûte. Ailleurs, c’est mieux ! Ce n’est certes pas une grande première, on se rappelle le cas du Racing des Gonaïves, mais ce qui s’est passé au Mexique aurait en quelque sorte déclenché un effet Domino, vu comment les « évasions » se sont produites en chaîne. Après les boat-people du début des années 1970, serait-ce l’installation définitive de l’ère des « No round trip » ?

Mike Préval

Un amoureux de la vie, des lettres et des images…
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