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Petit éloge de la lecture

Loisir ou obligation académique et même professionnelle, la lecture reste, comme tout autre activité intellectuelle, noble, du moins honorable. On loue celles et ceux qui s’y adonnent, et on incite celles et ceux que cela répugne à s’y intéresser, quand on ne les traite pas tout bonnement de tous les noms répugnants. Toutefois, aussi louable soit-il, ce geste de se plonger la tête dans un livre, imprimé ou numérisé (ouais, l’e-book a maintenant la cote !), est-il le meilleur moyen de se meubler l’esprit ?

Cette interrogation semble nous renvoyer à une affaire de goûts et de couleurs, ce dont on ne discute pas. Mais, plus qu’une question de penchants ou de passions, cela nous met face une problématique culturelle voire civilisationnelle.

En effet, la lecture dont on parle ici suppose la possession, en main du lecteur, de la matière écrite, c’est-à-dire le livre, des lettres devenues mots qui, à leurs tours, forment des phrases, des paragraphes, bref une unité de sens sur une thématique donnée, ce sous des formes variées qui peuvent aller du roman à l’essai, de la poésie au théâtre, etc. Ce qui n’aurait pas été possible sans l’invention de l’écriture – qui nous poussera, enfin pas nous mais Gutenberg, à créer l’imprimerie, des et des années plus tard.

Cela dit – bon, c’est une évidence –, le livre n’a pas été le premier outil de transmission du savoir. L’oraliture non plus, il me semble. Puisque les premiers humains, nous rapportent les archéologues, n’avaient pas le larynx assez développé pour produire de la parole. Pourtant ils se sont quand même débrouillés face à la nature sauvage, indomptée dans laquelle ils évoluaient.

Puis, petit larynx étant devenu gros, la parole s’est inventée – quoique certains me diront qu’elle a toujours été. Depuis le commencement. Plus tard, ce sera la rhétorique, l’art de bien parler. Entre-temps, les Chinois s’y sont mis avec leurs idéogrammes, les Égyptiens avec leurs hiéroglyphes, les Grecs avec leur alphabet ( la liste n’est pas exhaustive). S’est ensuivi le règne des lettres, qui comme la démocratie, est magnifié partout ailleurs. Ça impose une culture de documentation. « Les paroles s’en vont, mais les écrits restent », dit-on toujours fièrement, bien que l’audiovisuel se soit largement installé parmi nous désormais.

Le fait est que, du moins à mon avis, les lettres de l’alphabet sont, en soi, des œuvres d’art. On passe pas mal de temps à l’école à apprendre à les dessiner. Nous voulons que tout le monde apprenne à lire et à écrire – c’est un droit humain. Les mots, bien alignés, bien réunis, bref bien écrits, sont beaux. Nous en avons fait des poèmes et des romans, nous nous en servons pour écrire des thèses scientifiques qui font avancer le monde. L’alphabet est un patrimoine de l’humanité.

En tant que lecteur passionné, j’ai envie de dire que rien ne vaut un ouvrage littéraire. Quoique grand fan de rap et du cinéma, je pense que rien ne vaut une bonne lecture, rien n’égale un bon livre. Et puis, les bons films et les meilleurs sons de rap sont d’abord, vous l’aurez deviné, des textes bien écrits. Mais la lecture c’est un goût que j’ai cultivé, certains en cultivent d’autres.

Samuel Mésène

Né en 1997, Samuel Mésène est passionné de littérature(s) et de culture générale. Attiré aussi par les sciences politiques, il a intégré l'INAGHEI en 2016 pour des études en relations internationales qu'il a abandonnées au bout de deux ans. Une vie excitante, voilà ce qu'il essaie de vivre, chaque jour, à chaque mot, à chaque geste.
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