Tribune

Position de Bob C sur la revendication des ouvriers : passage de « papa pèp » à anti-peuple ?

L’État est considéré, selon un point de vue marxiste, comme une machine de répression qui permet à la classe bourgeoise d’assurer sa domination sur la classe ouvrière. Toutefois, il ne se résume pas à l’appareil répressif tel : la police, l’armée, l’Administration, les tribunaux, les prisons, etc. Il existe également un appareil idéologique d’État qui inclut : les Églises, les Écoles, les syndicats, les Partis, les journaux, etc. Les médias font aussi partie de l’appareil idéologique de l’État.

Qu’ils soient publics ou privés, cela ne veut rien dire, dans la mesure où ceux qu’on appelle « publics » ne sont que canaux de l’expression, de la correspondance et l’outil de propagande du régime/pouvoir en place ; et d’ailleurs, les médias privés dans une certaine mesure sont eux aussi contrôlés par ce même régime/pouvoir (par le biais de la classe dominante). Il suffit de jeter un petit coup d’œil sur les patrons des médias et leurs orientations publicitaires pour voir si leur position est cohérente ou contradictoire à l’idéologie de la classe dominante.

Il faut comprendre que toute mise en scène énonciative doit strictement respecter servilement les instructions de la classe de laquelle elle est issue. C’est dans cette démarche que nous devons insérer la position des médias et des journalistes. Ainsi, la déclaration du journaliste Roberde Céliné sur la revendication des ouvriers, demandant l’augmentation de leurs salaires journaliers n’est en rien une surprise. Le type fait tout simplement son « job ». Qui est celui de la mission de l’appareil idéologique de l’État, consistant à faire devenir norme la répression, ou qui s’inscrit dans une acceptation de la répression. Pour ce faire, il leur faut de toute une construction de discours  anesthésiste pour que les gens de la « classe ouvrière » subissent l’opération chirurgicale répressive de l’Etat/la bourgeoisie sans se sentir « mal ».

En effet un salaire minimum est fixé et est déterminé par la négociation des partenaires sociaux : le CSS (Conseil Supérieur des Salaires), le gouvernement et les syndicats des ouvriers. C’est la rémunération minimale que les ouvriers.ères peuvent recevoir pour leur travail fourni pendant une période. Il se trouve que depuis 2019, le salaire minimum a été fixé à 550 gourdes. Malgré la dévaluation de la gourde par rapport au dollar, l’inflation, l’augmentation du prix de carburant et des matières premières, le CSS n’a pas su jouer son rôle qui est celui de considérer le coût de la vie par rapport au salaire des ouvriers. C’est dans ce contexte que ces gens avaient gagné les rues durant toute une semaine pour faire passer leur revendication. Cette situation a engendré pas mal de controverses dans les médias traditionnels ainsi que sur les réseaux sociaux. Chacun prend position selon son appartenance à une classe sociale.

La position du dénommé « Papa pèp » sur l’augmentation de salaire minimum est claire, limpide. Quand il a déclaré : « […] lè ou al lage 1000 goud nan men ouvriye faktori a, mwen m ap kontinye vin la ? Ou genlè fou. O ! kòmsi pou moun nan faktori ap jere kay li pi byen ke mwen…» dans son émission du mercredi 16 février 2022, cela sous entend qu’un ouvrier ne peut pas avoir mille gourdes comme salaire minimum (alors qu’ils en réclament 1500)  sinon c’est surpayer ces derniers qui sont et resteront sous-payés même avec un salaire minimum de 1500 gourdes pour huit heures de travail par jour. Pour comprendre, il suffit de regarder les prix des matières premières.

Il faut comprendre par là que Bob C est et demeure fidèle à la classe qu’il défendait ou dont il est le jouet. Je comprends l’étonnement ou le mécontentement de certains face à sa déclaration. Car le journaliste vedette de la RTVC qui se fait appeler « Papa pèp » à cause des actes jugés louables qu’il a l’habitude de faire en faveur des personnes en difficulté financière ou juridique et de ses prises de position parfois en faveur des gens de la masse. Mais ces personnes là ont peut-être oublié ou ignorent complètement les notions de base de ce qu’est le concept « classe sociale »,  ou peut-être elles sont trop naïves pour comprendre que quelques œuvres à l’attention des démunis ne vont pas faire bouger la ligne. Puisqu’il s’agit dans un premier temps d’un système qu’il faut en attaquer le noyau, mais non pas la périphérie. Et dans un second temps d’une lutte de classes dont la seule solution valable n’est qu’une révolution.

La vedette du « Grand boulevard », se contente plutôt de ce que peuvent lui offrir ces bourgeois que d’etre rejeté par eux, quitte à cracher sur la lutte de ces autres gens dont il se targue d’être le père. Il ne peut se permettre de perdre ce « privilège », juste pour embrasser une cause de la classe opprimée. C’est ce visage là que Bob C a été contraint de montrer à ceux et celles qui ont l’habitude de l’appeler « Papa pèp » et aussi à des gens naïfs qui n’avaient pas assez d’intelligence politique pour voir au travers de ce voile de « Papa pèp ». Donc « enough is enough », c’en est assez… le voile est tombé.

Chétiny Dorsainvil

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