Politique

Pourquoi le référendum devrait être à tout prix un échec

Plusieurs mois après la nomination d’un conseil électoral provisoire chargé « d’organiser un référendum constitutionnel afin de doter le pays d’une nouvelle constitution », Jovenel Moïse peine à trouver des solutions pour favoriser l’inclusion et la participation de tous les secteurs de la vie nationale à ce processus si déterminant pour l’avenir du peuple Haïtien.

Depuis quelques années, il existe un débat autour de la nécessité ou non d’un changement de constitution. Celui de 1987 semble ne plus pouvoir répondre aux défis du moment. On le reprocherait d’avoir été un instrument pour chasser les Duvaliéristes de la sphère politique, d’attribuer trop de pouvoir au parlement, d’être en déphasage avec les grands défis de notre époque, etc. En ce sens, la cinquantième législature a même songé de l’amender en profondeur.

À cela peut s’ajouter le récent sondage du Bureau de Recherche en Informatique et en Développement Économique et Social (BRIDES) qui évalue à 87,4 % le nombre d’Haïtiens favorables à une nouvelle constitution. Or, nous constatons une grande réticence de la classe politique et d’une grande partie de la population à participer au référendum prévu pour le mois de Juin. C’est un paradoxe qui en dit long sur l’impopularité de l’actuel locataire du palais national. Il est l’équivalent de « Oui au référendum mais sans Jovenel Moïse ». Car, le changement d’une constitution doit se faire dans un climat de confiance, d’inclusion et de sérénité ; soit le contraire de tout ce que fait et veut Jovenel Moïse. D’ailleurs, la campagne de sensibilisation lancée par l’exécutif est largement boudée par la population. En cinq ans, par son arrogance, Jovenel Moïse n’aura peut-être pas réussi à organiser l’une des rares choses sur laquelle le désaccord était des moindres entre lui et la population. Comment expliquer ce refus ?

D’abord, le président de la République n’inspire pas confiance aux acteurs de la classe politique et du secteur privé. Ces derniers sont inquiets, connaissant les velléités dictatoriales et les dernier dérapages du président, par rapport à la sincérité du président sur un dialogue où ils pourraient se sentir écoutés. En plus, ce référendum si proche des élections fait grossir les inquiétudes; le président pourrait, par ce référendum, organiser quelques stratagèmes pour s’accrocher au pouvoir ou faire élire un de ses proches. Ensuite, l’opposition ne veut pas apprendre la population à dire oui au président Moïse. C’est une technique bien connue que de demander l’avis de quelqu’un sur un sujet avec lequel il est plus ou moins d’accord pour s’assurer d’une réponse tout aussi favorable que le premier sur un sujet sur lequel il était plus réticent. Donc, si l’opposition laisse l’exécutif organiser ce référendum, il sera difficile pour lui de gagner les prochaines élections puisque le peuple se serait déjà habitué à dire «oui» à Moïse.

Le changement de la constitution, avec les tournures que prend le débat actuellement semble inévitable. Mieux vaut attendre le bon timing, pense l’opposition. Mieux vaut attendre un gouvernement de transition ou au pire des cas un président élu mais qui ne sortirait pas dans les rangs des Tèt kale. Sinon, ce sera, la débâcle une fois de plus aux élections.

À côté de tout cela, la conjoncture n’a pas encore promis qu’il permettrait la réalisation d’un référendum. L’insécurité que connait la capitale depuis plusieurs mois n’encouragera pas la population à sortir pour participer au référendum. La fragilité de la situation socio-politique n’est pas un atout non plus ; à n’importe quel moment la situation peut s’aggraver (manifestations, barricades, etc.) et fait couler ce projet de référendum. Somme toute, la réalisation du référendum est pour le moins incertaine. D’autant plus, Moïse n’a pas reçu l’appui de ses vieils amis, qui ne promettent aucune pitance pour ce référendum.

Faut-il aussi rappeler que le président ne peut pas, comme bon lui semble, changer la constitution. D’abord, la constitution de 1987 amendée encore en vigueur est claire : « Toute consultation populaire tendant à modifier la constitution par voie de référendum est formellement interdite. » Jovenel Moïse, qui a prêté serment sur cette constitution ne peut ni la changer, ni la réformer. Or le président en a fait peu de cas. Il avance sur son projet de référendum têtue comme une mule, sans s’intéresser à aucun avis contraire. Quand on seconde le Bon Dieu comme lui, on ne reçoit pas d’ordre de pauvres humains.

Mais aussi, quand on seconde le Bon Dieu lui, on ne doit pas oublier l’histoire de Balaam et de son âne. Il faut savoir écouter. Écouter le pauvre peuple, le pauvre âne. Car figurez-vous, très souvent, il voit mieux que son têtu de maître. Si ce dernier continue de s’entêter, le Bon Dieu fera parler l’âne, le pauvre peuple. Et ce sera une parole de liberté qui dira au maître d’arrêter de le précipiter vers sa mort.

Mike Creedlyn Eugène

Étudiant à la Faculté des Sciences Humaines (UEH).
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