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Un quartier cubain s’étend sur Port-au-Prince

Vous avez certainement déjà entendu parler de ces communautés de ressortissants étrangers regroupées dans des quartiers de certaines grandes villes des USA, où leur affluence est tellement importante que ces quartiers dans lesquels ils s’installent prennent le nom de leurs pays d’origine, précédé de little. Des quartiers où ces gens vivent comme si elles étaient dans leurs propres pays, avec les mêmes moeurs, pratiquant les mêmes activités culturelles que dans leurs pays. Ainsi l’on constate ici dans Port-au-Prince l’émergence d’un little Cuba.

La musique latino dans les bars, les murs peints à l’effigie du Che, les drapeaux cubains qui flottent sur les balcons des maisons, le tohu-bohu d’assonance castillane, ces marchands ambulants qui crient leurs produits dans un tintamarre d’espagnol haché, les autres plus délicats qui lancent généreusement mais tendrement leur « papito! manmita! » à chaque potentiel acheteur ou acheteuse cubain(e) qui passe avec son gros sac bien chargé sur le dos…, on se croirait en plein centre-ville de la Havanne. Dans le quartier de Maïs-Gâté 12, écartelé entre les communes Delmas et Tabarre, les cubains se font chaque jour de plus en plus nombreux. A en croire les gens du quartier, ces cubains commencent à envahir la zone timidement depuis quelques années. Mais de nos jours, le quartier fait l’objet d’une invasion cubaine des plus considérables, ce qui a amplifié l’ambiance, créant un rythme typiquement cubain.

À la rue Nabussant, rue principale de Maïs-Gâté 12, la plupart des maisons sont habitées par des cubains. Ceux qui sont plus stables en Haïti en font parfois des hôtels en vue d’accueillir leurs compatriotes qui ne viennent que pour les affaires, donc pas pour longtemps.

Cuba étant un pays très avancé du point de vue social, il nous a fallu interroger quelques habitants haïtiens du quartier en ce qui concerne l’amplification continue de cette vague migratoire. Ces cubains, d’après eux, viennent en Haïti pour effectuer des achats dans un contexte de marché libre pour aller revendre les produits sur le marché noir cubain, une explication à laquelle on se tient (avec réserve), malgré son caractère empirique. C’est en ce sens, pourrait-on dire, que le quartier de Maïs-Gâté 12 est devenu ce lieu de concentration pour cubains, qui ne cesse d’élargir son envergure.

La cohabitation est presque parfaite entre cubains et haïtiens jusqu’à présent. Les derniers, avec l’installation des autres dans la zone, ouvrent leurs petits démêlés afin d’offrir leurs services (ils se font boutiquiers, marchands ambulants, guides, chauffeurs, interprètes) à ces étrangers venus du Nord-Ouest de l’île, preuve de l’hospitalité haïtienne. Néanmoins, on peut dire qu’ils profitent de la dense activité économique de la zone pour rentrer de l’argent. Tout à la rue Nabussant se fait à la cubaine, « Casa para Cubanos, restaurante… » le quartier vit et respire en espagnol. Depuis quelques temps, les échanges haïtiano-cubains ont engendré un marché de vêtements et de produits pharmaceutiques et d’autres produits de tous genres. La plupart des cubains qui arrivent étant en effet des vendeurs de vêtements et de produits pharmaceutiques dans leur pays. Rares sont ceux qui viennent s’y installer définitivement.

La rue Nabussant est située à quelques centaines de mètres de l’aéroport international Toussaint Louverture. Par ailleurs, le quartier n’est pas réputé de zone rouge en matière de sécurité, ce qui rassure d’autant plus les cubains. Autrefois, partant de cette rue, pour les acheteurs cubains, c’était le trajet le plus sûr pour aller au grand marché de Port-au-Prince. Mais aujourd’hui, ce qui explique encore cette grande concentration de cubains dans la zone, c’est une technique assez judicieuse des haïtiens du quartier, qui leur apportent le marché devant leurs portes. Plus besoin d’aller à « la ville », le marché a été téléporté à la rue Nabussant.

Aujourd’hui, par rapport à l’invasion cubaine qui se fait de plus en plus massive, l’on constate une expansion du quartier. Maïs-Gâté 12 étant devenu trop exigu pour contenir toute cette masse cubaine qui chaque jour devient plus importante, les cubains commencent à assiéger les autres artères de la périphérie. Le marché déborde également. Les vendeurs haïtiens s’invitent de plus belle au festin commercial. Ce quartier cubain qui était totalement concentré à la rue Nabussant (côté Maïs-Gâté 12) envahit déjà l’autre moitié de la rue (Maïs-Gâté 9) et glisse timidement un autre tentacule sur Maïs-Gâté 11. On ne sait jusqu’où ce little Cuba s’arrêtera ni quand, mais ce qui est sûr c’est qu’il profite beaucoup aux haïtiens de la zone, qui ne cachent pas leur contentement. Certains ont déjà entamé l’apprentissage la langue de Cervantès, un nouvel atout selon eux.

Mike Préval

Un amoureux de la vie, des lettres et des images…

Un commentaire

  1. Cet article est woaww!
    Une parfaite description de l’endroit en question. Ce dit endroit où j’y ai séjourné pendant de courts mois…
    Félicitations.

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